« Je est un autre. »
Quand Rimbaud écrit cette phrase, il implique que le “je” qu’il utilise dans ses textes n’est pas lui, mais une imposture. Certains littéraires défendent que ces paroles décrivent le “lui” sous l’influence de substances, car il était connu pour ne pas être sobre lorsqu’il écrivait. Pourtant, je vois les choses autrement : cette phrase est une citation sincère qui définit un art qui, lui, ne l’est pas.

Je me suis posé la question de la sincérité artistique à de multiples reprises.
Quand j’ai lu la description du monde de Marco Polo, par exemple — car j’ai souvent douté de la véracité de ses aventures.
Ou encore sur les réseaux sociaux, où mentir pour promouvoir son livre est devenu une coutume.

« Pourquoi mon Book Boyfriend ne plaira pas au BookTok », écrit un·e auteur·ice avant d’énumérer les caractéristiques de son protagoniste masculin… tout en sachant très bien qu’elles attireront le lectorat de BookTok. C’est un mensonge : une façon de donner à ses textes une étiquette d’originalité qui n’existe que par le biais de la malhonnêteté.

La sincérité, dans l’art comme dans sa promotion, est devenue vulgaire.
Tout ce qui n’est pas teinté d’ironie, de recul, d’un soupçon d’autodérision, semble naïf.
Dans les musées, sur les réseaux, même dans les livres, on préfère le concept à l’émotion, la posture à la confession. Comme si ressentir franchement était une faute de goût, et qu’il fallait toujours créer en sachant que quelqu’un regarde.

L’art devient conscient d’être art. Nous avons appris à performer l’émotion, à pleurer pour la caméra, à publier nos blessures comme des trophées.
Souvent, l’art devient le miroir de cette mise en scène : provocateur, calculé, maîtrisé.

Pour qu’un livre soit lu, c’est comme en politique : il faut convaincre.
Et pour convaincre, il faut mentir.

Si chaque être est différent par nature, alors chaque artiste l’est aussi.
Pourquoi, dès lors, les œuvres semblent-elles de plus en plus similaires ?

Mais alors, qu’est-ce que la sincérité en art ? Dire la vérité ? Non.
L’art n’a jamais été un journal intime.
Être sincère en art, c’est accepter de ne pas tout contrôler. C’est créer sans vouloir prouver, sans vouloir plaire, sans travestir ce qui brûle. C’est parfois échouer magnifiquement.

Auteur·ices, que répondriez-vous à la question : pourquoi écrivez-vous ?
Et surtout : cette réponse coïncide-t-elle vraiment avec vos romans ?

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